En France, aucune taxe au kilomètre ne frappe les voitures électriques. En août 2026, rien n’est voté, rien n’est inscrit dans une loi de finances et aucun calendrier officiel n’existe. Le sujet ressort pourtant à chaque discussion budgétaire, porté par un vrai problème de caisse : les recettes des carburants fondent à mesure que le parc s’électrifie. Voici l’état réel du dossier, ce que font nos voisins et ce qui relève encore du scénario.
Aucune taxe au kilomètre sur les voitures électriques en France
Les moteurs de recherche débordent de titres alarmistes sur une taxe imminente. La réalité administrative reste plus sobre : l’État français ne prélève rien sur les kilomètres parcourus en électrique. Pas de boîtier, pas de relevé de compteur à transmettre, pas de barème. La confusion naît de deux sources : les mesures adoptées à l’étranger et le barème fiscal des indemnités professionnelles, qui n’a rien d’un prélèvement.
Un point mérite votre vigilance : le malus au poids. Début 2026, plusieurs médias annonçaient son extension aux véhicules électriques au 1er juillet 2026, avec un seuil réel autour de 2 100 kg. À la mi-juillet, la presse spécialisée constatait que les électriques échappent encore à ce malus. Les sources se contredisent sur ce point précis : vérifiez le régime applicable au modèle visé avant de signer un bon de commande. Le même réflexe vaut du côté du coup de pouce à l’achat, car les aides qui subsistent sur une électrique d’occasion changent d’une année sur l’autre.
Le Royaume-Uni a tranché : 3 pence par mile en avril 2028

Au Royaume-Uni, le dossier a quitté le stade du débat. Le gouvernement a publié en juillet 2026 sa réponse définitive à la consultation consacrée à l’Electric Vehicle Excise Duty (eVED), après plus de 5 000 contributions reçues entre novembre 2025 et mars 2026. Le dispositif entre en vigueur le 1er avril 2028 pour les voitures 100 % électriques et les hybrides rechargeables.
Le tarif retenu : 3 pence par mile pour une électrique (environ 2,2 centimes d’euro du kilomètre) et 1,5 pence par mile pour une hybride rechargeable. Le Trésor britannique estime la facture à 240 £ par an pour un conducteur moyen, une vingtaine de livres par mois. Cette redevance s’ajoute à la taxe de circulation déjà en place et suivra l’inflation à partir de l’exercice 2029-2030.
Côté pratique, les automobilistes britanniques déclareront leur relevé de compteur et une estimation de kilométrage annuel au moment de renouveler leur taxe de circulation, avec régularisation ensuite. Les véhicules connectés en 4G ou 5G transmettront leur kilométrage en automatique, sur option. L’administration se réserve un droit de contrôle en cas de fraude suspectée.
Qui taxe déjà au kilomètre ailleurs ?
Le principe de l’utilisateur-payeur avance à des rythmes très inégaux selon les pays. Voici les dispositifs les plus avancés, adoptés ou datés.
| Pays | Dispositif | Tarif | Échéance |
|---|---|---|---|
| Nouvelle-Zélande | redevance kilométrique étendue aux électriques | 76 $NZ (env. 43 €) par tranche de 1 000 km | en vigueur depuis avril 2024 |
| Islande | taxe kilométrique sur tous les véhicules | 6,95 couronnes/km (env. 4,2 centimes) | en vigueur depuis janvier 2026 |
| Royaume-Uni | eVED sur électriques et hybrides rechargeables | 3 pence/mile (env. 2,2 centimes/km) | adopté, applicable en avril 2028 |
| Oregon (États-Unis) | redevance kilométrique étendue aux électriques | 2,3 cents/mile (env. 1,4 centime/km) | prévu en 2028 |
| Suisse | redevance à l’étude, consultation close en janvier 2026 | 5,4 centimes/km en moyenne (projet) | horizon 2030 |
Un contre-exemple mérite d’être signalé. L’État australien de Victoria avait lancé sa taxe kilométrique en juillet 2021, avant que la plus haute juridiction du pays ne l’annule en octobre 2023 pour illégalité. Une taxe annoncée n’est pas une taxe pérenne.
Pourquoi la question revient sans arrêt en France ?
Le vrai moteur du débat tient en un sigle : la TICPE. Cette taxe pèse environ 40 % du prix à la pompe et a rapporté plus de 30 milliards d’euros en 2024. Chaque conducteur qui bascule vers l’électrique retire une part de cette recette au budget de l’État, sans que rien ne la remplace.
Plus de 30 milliards d’euros de TICPE en 2024 : voilà le trou que l’électrification creuse, année après année, dans les finances publiques.
La Cour des comptes alerte sur l’avenir de la fiscalité de l’énergie, France Stratégie aussi. Les pistes évoquées vont de la taxation de l’électricité de recharge au retour d’une vignette, en passant par la redevance kilométrique. Cette première piste parle à tous ceux qui ont déjà comparé ce que coûte réellement une recharge en itinérance avec le tarif de leur prise domestique. Aucune n’a dépassé le stade du rapport ou de l’étude.
Ne confondez pas taxe au kilomètre et barème kilométrique
Deux notions opposées, souvent confondues
Taxe au kilomètre
Un prélèvement : elle vous coûte de l’argent
- Vous payez pour chaque kilomètre roulé
- N’existe pas en France : rien de voté, aucun calendrier officiel
- Adoptée au Royaume-Uni, applicable en avril 2028
Barème kilométrique
Une déduction : il vous fait récupérer de l’argent
- Sert à déduire vos frais de déplacement professionnels
- Majoré de 20 % pour les véhicules électriques
- En vigueur, appliqué par l’administration fiscale
Un article qui accole les deux notions mérite votre méfiance.
Une bonne part des recherches sur le sujet mélange deux notions opposées. Le barème kilométrique de l’administration fiscale, majoré de 20 % pour les véhicules électriques, sert à déduire vos frais de déplacement professionnels. Il vous fait récupérer de l’argent, il ne vous en coûte pas. Une taxe au kilomètre ferait l’inverse : un prélèvement sur chaque kilomètre roulé. Un article qui accole les deux notions mérite votre méfiance.
Les étapes qui manquent avant une taxe française
Une réforme de cette ampleur suppose une mécanique lourde. Il manque encore :
- un vote en loi de finances, précédé d’un débat parlementaire
- un système fiable de mesure du kilométrage : boîtier, télématique embarquée ou déclaratif
- une phase de test grandeur nature
- un arbitrage politique sur l’équité entre zones rurales et urbaines, là où le sujet fâche
Rien de tout cela n’est engagé aujourd’hui. Les études publiques citent une fourchette de 1 à 5 centimes par kilomètre pour une voiture particulière, jusqu’à 10 centimes pour un utilitaire. Le déploiement le plus souvent évoqué ne démarrerait pas avant 2029-2030. Ces chiffres restent des hypothèses de travail : tant qu’aucun texte n’arrive au Parlement, ni le tarif ni la date ne sont connus.







