Pourquoi les Italiens boudent le vélo au quotidien

À Rome, à peine 0,6 % des déplacements se faisaient à vélo en 2012. Un chiffre qui tranche avec l’image d’un pays ensoleillé et compact, taillé pour la petite reine. Entre scooters omniprésents, collines urbaines et image sociale négative, plusieurs raisons concrètes expliquent ce désamour. Voici les blocages, les nuances régionales et les efforts en cours pour changer la donne.

À Rome, le vélo reste un moyen de transport marginal

La part du velo dans les deplacements

0,6 %
Rome, en 2012
3,8 %
Moyenne nationale italienne
10 a 15 %
Bolzano et Trente

Plan national 2022-2026 : 1,2 milliard d euros, 1 200 km de pistes cyclables touristiques et 565 km dedies au velo urbain.

Milan, Turin et Naples affichent des scores tout aussi bas que la capitale. À l’échelle nationale, le vélo représente seulement 3,8 % des trajets quotidiens, un chiffre loin des standards nord-européens. La densité automobile, héritée de décennies d’urbanisme pensé pour la voiture, laisse peu de place aux deux-roues non motorisés dans les grandes métropoles. Les grandes villes italiennes concentrent la population mais pas les infrastructures cyclables adaptées.

Le scooter, grand rival des deux-roues à pédales

Le scooter occupe le terrain que le vélo pourrait conquérir. À Rome comme à Naples, des motorino circulent partout, se faufilent dans la circulation et évitent l’effort physique sous un soleil parfois écrasant. Dès seize ans, une partie des adolescents accède même à de petites voitures sans permis, capables de rouler en ville. Cette habitude du moteur, ancrée depuis des générations, laisse peu de place au vélo comme réflexe de déplacement quotidien.

« La bici è da sfigati » : une image à redorer

Un préjugé culturel pèse aussi sur la pratique. Une adolescente romaine résume crûment l’état d’esprit d’une partie de la jeunesse locale, selon le témoignage d’un habitant installé depuis des années dans la capitale.

« La bici è da sfigati » : le vélo, c’est un truc de losers.

Cette phrase traduit une perception tenace du vélo comme contrainte plutôt que comme liberté, contrairement au scooter ou à la voiture, symboles de statut social chez les plus jeunes. Ce regard évolue lentement mais reste un frein réel à l’adoption du vélo comme mode de transport ordinaire.

Collines et chaleur : des obstacles réels ou des excuses ?

Les rues en pente de nombreuses villes italiennes nourrissent un argument récurrent contre le vélo. Les sept collines de Rome restent pourtant praticables pour un cycliste entraîné et certains vélos électriques permettent même de rouler sans forcer sur les pédales. La chaleur estivale joue un rôle plus concret, surtout dans le sud du pays, où circuler à vélo aux heures chaudes tient de l’épreuve. Ces contraintes existent mais n’expliquent pas, à elles seules, un écart aussi marqué avec des pays au relief comparable.

Bolzano, Trente, Ferrare : quand les Italiens du nord pédalent autrement

Le tableau change franchement au nord. Certaines villes cassent la moyenne nationale et prouvent que la culture du vélo n’est pas hors de portée du pays :

  • Bolzano et Trente affichent entre 10 et 15 % de déplacements à vélo, un niveau proche de certaines villes françaises ou allemandes.
  • Ferrare et Lucques, centres historiques largement fermés à la circulation motorisée, voient le vélo redevenir un mode de transport banal, utilisé par toutes les générations.
  • Ravenne, autre cité de la plaine du Pô, partage ce même quotidien où piétons et cyclistes cohabitent sans tension dans un centre-ville sans voitures.

Ce contraste régional montre que le climat ou la géographie pèsent moins que l’aménagement urbain et les habitudes locales. Le paradoxe se retrouve d’ailleurs dans l’industrie du cycle : l’Italie abrite plusieurs fabricants de vélos réputés dans le monde entier, preuve que la culture du vélo n’a jamais complètement disparu du pays, même si elle peine encore à s’installer dans les trajets du quotidien.

Le pays mise enfin sur le vélo pour rattraper son retard

Les pouvoirs publics italiens prennent la mesure du potentiel du vélo. Un plan national prévoit 1,2 milliard d’euros d’investissement entre 2022 et 2026, avec plus de 1 200 kilomètres de pistes cyclables touristiques et 565 kilomètres dédiés au cyclisme urbain. Des délégations de villes comme Turin, Bologne ou Palerme sont allées observer les infrastructures néerlandaises pour s’en inspirer directement sur le terrain. Le marché du vélo électrique progresse aussi, porté par une génération qui cherche une alternative crédible au scooter sans renoncer au confort. Le retard reste net face aux Pays-Bas ou au Danemark mais la trajectoire s’inverse doucement.

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